<p>Le troisième roman de Kaouther Adimi, <i>Nos richesses</i>, publié en 2017 chez Seuil, propose une histoire alternative, à la fois individuelle, collective et transnationale, qui défie l’oubli et transcende le temps en alternant trois niveaux de narration. Le premier niveau présente des extraits imaginés du carnet d’Edmond Charlot, libraire et éditeur qui vécut à Alger entre 1935 et 1961. Ensuite, des fragments relatifs à l’histoire de l’Algérie, allant de 1930 à nos jours, sont insérés dans le texte, basés sur les recherches approfondies qu’Adimi a menées dans les archives. Enfin, le roman raconte l’histoire de Ryad, un personnage fictif, qui, contrairement à Charlot, n’a aucun intérêt pour les livres et se contente de vider et repeindre la librairie. Son histoire incarne une réflexion sur le devenir de l’héritage culturel et les tensions entre mémoire et oubli. Cette étude se propose d’explorer la manière dont le roman d’Adimi tisse une fiction de l’Histoire, fondée sur des mémoires en palimpseste — des mémoires qui se croisent parfois et s’éloignent souvent. Le roman s’appuie sur des archives réelles, des extraits retouchés du carnet de Charlot, ainsi que d’autres histoires imaginées, pour offrir un regard critique sur les zones de contact persistantes entre l’Algérie et la France, situées des deux côtés de la Méditerranée, produisant un « échange entre vivants ». L’analyse se basera sur les notions d’archive sensible et d’anarchive, afin de montrer comment Adimi interroge les frontières entre fiction et histoire, passé et présent, et comment la mémoire tant collective qu’individuel, tout en résistant à l’oubli, continue de se négocier. Je démontrerai également comment la narration polyphonique et la structure éclatée du roman, tant au niveau temporel que spatial, témoignent d’une mémoire qui refuse l’effacement et l’obscurantisme. Ces choix narratifs soulèvent des questions essentielles concernant l’identité, le savoir, ainsi que les rapports transnationaux entre les cultures, en particulier entre l’Algérie et la France, dans un contexte postcolonial.</p>

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L’anarchive en contrepoint dans Nos richesses de Kaouther Adimi

  • Nevine El Nossery

摘要

Le troisième roman de Kaouther Adimi, Nos richesses, publié en 2017 chez Seuil, propose une histoire alternative, à la fois individuelle, collective et transnationale, qui défie l’oubli et transcende le temps en alternant trois niveaux de narration. Le premier niveau présente des extraits imaginés du carnet d’Edmond Charlot, libraire et éditeur qui vécut à Alger entre 1935 et 1961. Ensuite, des fragments relatifs à l’histoire de l’Algérie, allant de 1930 à nos jours, sont insérés dans le texte, basés sur les recherches approfondies qu’Adimi a menées dans les archives. Enfin, le roman raconte l’histoire de Ryad, un personnage fictif, qui, contrairement à Charlot, n’a aucun intérêt pour les livres et se contente de vider et repeindre la librairie. Son histoire incarne une réflexion sur le devenir de l’héritage culturel et les tensions entre mémoire et oubli. Cette étude se propose d’explorer la manière dont le roman d’Adimi tisse une fiction de l’Histoire, fondée sur des mémoires en palimpseste — des mémoires qui se croisent parfois et s’éloignent souvent. Le roman s’appuie sur des archives réelles, des extraits retouchés du carnet de Charlot, ainsi que d’autres histoires imaginées, pour offrir un regard critique sur les zones de contact persistantes entre l’Algérie et la France, situées des deux côtés de la Méditerranée, produisant un « échange entre vivants ». L’analyse se basera sur les notions d’archive sensible et d’anarchive, afin de montrer comment Adimi interroge les frontières entre fiction et histoire, passé et présent, et comment la mémoire tant collective qu’individuel, tout en résistant à l’oubli, continue de se négocier. Je démontrerai également comment la narration polyphonique et la structure éclatée du roman, tant au niveau temporel que spatial, témoignent d’une mémoire qui refuse l’effacement et l’obscurantisme. Ces choix narratifs soulèvent des questions essentielles concernant l’identité, le savoir, ainsi que les rapports transnationaux entre les cultures, en particulier entre l’Algérie et la France, dans un contexte postcolonial.