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Les temporalités dans l’adaptation de L’Etranger par Visconti

  • Antoine Coppola

摘要

Un enjeu essentiel et irrésolu dans l’adaptation, en général, se situe dans la transposition de temporalités entre littérature et cinéma. Le cas du roman L’Etranger de Camus adapté une seule fois dans l’histoire par Visconti en 1967, offre un cas exemplaire en la matière. Je me propose d’utiliser la notion phénoménologique de temporalité comme « mode d’apparition du temps », élaborée par Husserl. Le choc traumatique de la perte de la mère qui ouvre le récit invite à cette exploration des effets diachroniques ou « dys-chroniques ». De leur côté, les contemporains de Camus, Jean-Paul Sartre et Roland Barthes ont souligné, chacun à leur façon, comment l’auteur a exploré les possibles de la langue pour élaborer des temporalités variables qui n’existent que dans le texte et cherchent encore des équivalents sur l’écran. Les disruptions temporelles et traumatiques ne sont pas dominantes dans la version de Visconti. Selon ses dires, il souhaitait inscrire le récit dans un temps social, historiquement référé et réactualisé des années 1930 au contexte de 1967. La veuve de Camus s’opposa à Visconti et imposa une adaptation « littérale ». Le film se resent pourtant du projet viscontien : la mesure du réel colonial algérien sont des rapports de force d’actualité (colons et colonisés, religieux et athées, existentialistes et bureaucrates, hommes et femmes, etc.). Les effets de disruption temporelle créés notamment par l’écriture « blanche » posa d’emblée problème au cinéaste : « C’est cela qu’il faut chercher à rendre. Là réside la difficulté », déclare-t-il deux ans avant le tournage. Nous verrons qu’ils sont, dans le film, partiellement transférés dans la dialectique du temps historique/temps mythique (dimension mythique qui existe aussi chez Camus). Et il va, en peintre baroque, laisser parler la temporalité des couleurs, (bien présentes également dans le roman d’origine) et tisser un drame d’ombres et de lumières atemporel en toile de fond d’un récit qui se voudrait autant social et actuel (en 1967) que mythique. Enfin, l’analyse des temporalités dans L’Etranger de Visconti, nous amènera à évoquer des pistes sur d’autres façons possibles de figurer le temps, de l’impliquer à travers l’exemple d’autres cinéastes tels que Marguerite Duras, Werner Herzog ou Andreï Tarkovski.